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CAF : Quand la rumeur précède les décisions ( Ahmed Bessol)

Patrice Motsepe est-il réellement sur un siège éjectable ou assiste-t-on à une nouvelle bataille d’influence au sommet du football africain ? La question mérite d’être posée après la publication d’un article (commandée ? !) annonçant un président de la Confédération africaine de football (CAF) de plus en plus isolé, confronté à une fronde interne et menacé par une motion de censure.

À première vue, le récit est construit avec méthode. Chaque paragraphe ajoute un élément destiné à conforter une même idée : le président de la CAF aurait perdu son autorité, le soutien de ses alliés et, bientôt, son fauteuil. Pourtant, à la lecture attentive, un constat s’impose : l’essentiel des affirmations repose sur des sources anonymes, des conditionnels et des suppositions qui ne sont accompagnés d’aucune preuve publique.

Qui sont les membres du Comité exécutif qui contesteraient Patrice Motsepe ? Existe-t-il un document attestant d’une motion de censure ? Cette question figure-t-elle à l’ordre du jour d’une réunion officielle ? La FIFA a-t-elle confirmé une rupture entre Gianni Infantino et le président de la CAF ? À ce jour, aucune réponse vérifiable n’est apportée à ces interrogations.

Le recours répété au conditionnel n’est pas anodin. «Il serait», «Il aurait», «Il pourrait», «Il aurait perdu»… Ce procédé permet de suggérer des faits sans avoir à les démontrer. Pris isolément, chaque élément peut sembler anecdotique. Mis bout à bout, ils construisent un scénario cohérent : celui d’un dirigeant dont la chute apparaîtrait inévitable.

Cette mécanique n’est pas nouvelle. Dans les grandes organisations sportives internationales, les rapports de force ne se limitent plus aux réunions à huis clos. Ils se jouent également sur le terrain médiatique. Les indiscrétions, les confidences anonymes et les fuites organisées peuvent contribuer à créer un climat, influencer des perceptions ou préparer les esprits à une évolution institutionnelle.

Il ne s’agit pas d’affirmer que tel ou tel article répond à une commande ou à une stratégie concertée. Une telle accusation exigerait des preuves. En revanche, il est légitime de s’interroger sur les effets produits par ce type de publication lorsqu’elle intervient dans un contexte où la gouvernance du football africain fait l’objet de multiples rivalités.

Le moment choisi n’est pas sans importance. La CAF est engagée dans plusieurs dossiers stratégiques qui concernent son avenir, ses relations avec la FIFA, l’organisation de ses compétitions et les équilibres internes entre ses différentes sensibilités. Dans un tel environnement, chaque information susceptible d’affaiblir ou de renforcer un dirigeant prend une dimension politique.

Les faits établis, eux, méritent d’être rappelés. Patrice Motsepe a été réélu à la présidence de la CAF en mars 2025. Aucune motion de censure n’a été officiellement annoncée. Aucun membre du Comité exécutif ne s’est exprimé publiquement pour demander son départ. Quant aux noms régulièrement avancés pour lui succéder, ils relèvent, à ce stade, davantage des spéculations que de candidatures déclarées.

La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si Patrice Motsepe est fragilisé. Dans toute institution, un président peut être contesté. La question est plutôt de comprendre à qui profite l’installation, dans l’opinion, de l’idée d’une chute imminente. Car dans le football international, la communication est devenue un levier de pouvoir. Façonner un récit peut parfois peser autant qu’un vote.

Plus que jamais, le journalisme a le devoir de distinguer les faits des hypothèses. Les débats sur la gouvernance de la CAF méritent mieux que des scénarios présentés comme des certitudes. Les lecteurs, eux, ont droit à une information fondée sur des éléments vérifiables, et non sur des impressions ou des confidences impossibles à contrôler.

Le football africain a besoin de transparence, de débats ouverts et d’une information rigoureuse. C’est à cette condition que les véritables enjeux de sa gouvernance pourront être compris, loin des rumeurs et des rapports de force qui alimentent trop souvent les coulisses du pouvoir. Et qui ne servent que les affamés du pot de miel.

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Source originale: www.footafrique.com →