Le Portugal s’apprêtait à vivre une trêve internationale parfaitement maîtrisée. Deux matches, deux victoires, une première place dans le groupe 4 de la Ligue A et un succès de prestige en Norvège : les débuts de Jorge Jesus à la tête de la Seleção semblaient suivre le scénario idéal. Mais à la veille du déplacement au Danemark, une affaire est venue parasiter cette dynamique. Au centre de toutes les attentions : Cristiano Ronaldo, resté sur le banc pendant l’intégralité de la victoire à Oslo, avant de manifester sa frustration au coup de sifflet final. L’épisode a pris suffisamment d’ampleur pour pousser Pedro Proença, président de la Fédération portugaise, à modifier son programme et à rejoindre en urgence le groupe au Danemark.
Ronaldo, une polémique qui a rapidement pris de l’ampleur
La décision de Jorge Jesus n’avait pourtant rien d’improvisé. Trois jours après avoir débuté face au pays de Galles, Ronaldo avait été laissé sur le banc contre la Norvège, Jesus expliquant avant la rencontre qu’il ne souhaitait pas lui faire enchaîner deux titularisations rapprochées à 41 ans. Le Portugais a finalement regardé l’intégralité de la rencontre depuis le banc, malgré un échauffement en cours de match. Une situation particulièrement inhabituelle pour lui, puisqu’il s’agissait seulement de la troisième fois de sa carrière qu’il restait sur le banc sans entrer en jeu avec le Portugal.
Après la rencontre, Ronaldo n’a pas participé au traditionnel salut adressé aux supporters. Puis son absence de la séance collective du lendemain a alimenté davantage les interrogations. La Fédération portugaise a toutefois expliqué qu’il n’avait pas refusé de travailler et qu’il avait effectué une séance individuelle, notamment en salle, dans le cadre de sa préparation. Face à l’emballement médiatique, Pedro Proença a décidé d’anticiper son arrivée au Danemark afin de discuter directement avec Ronaldo et Jorge Jesus.
Jesus assume son choix et reconnaît une erreur
C’est donc dans ce contexte que Jorge Jesus s’est présenté devant les médias. Et le sélectionneur portugais n’a pas cherché à contourner le sujet. Au contraire, il a rapidement rappelé que la priorité devait rester le rendez-vous face au Danemark et que Ronaldo n’était qu’un joueur parmi les 23 à sa disposition.
Le technicien portugais a ensuite expliqué précisément ce qui s’était passé. Selon lui, il avait discuté avec Ronaldo avant le match et lui avait annoncé qu’il ne comptait pas le titulariser contre la Norvège ni contre le Danemark. Jesus avait toutefois envisagé de faire entrer son capitaine en seconde période s’il estimait que la situation du match le nécessitait. Il lui avait ainsi demandé de s’échauffer dès la reprise avant de finalement renoncer à effectuer ce changement.
Jesus reconnaît d’ailleurs une erreur dans sa gestion : il estime qu’il aurait dû attendre avant d’envoyer Ronaldo s’échauffer, puisqu’il ne savait pas encore s’il aurait réellement besoin de lui. Une explication qui permet surtout au sélectionneur de reprendre le contrôle du récit : il ne nie pas la frustration de son capitaine, mais affirme que la décision finale lui appartenait.
« Je n’ai pas un seul joueur, j’en ai 23 »
Derrière cette polémique se dessine surtout une question plus importante : quelle place Jorge Jesus entend-il donner à Cristiano Ronaldo dans son Portugal ?
Le sélectionneur a été particulièrement clair. Son message est que le statut de Ronaldo ne modifie pas son pouvoir de décision. Il connaît parfaitement l’attaquant pour avoir travaillé avec lui à Al-Nassr et affirme donc être en mesure d’évaluer son état physique, son rendement et la manière dont il doit être utilisé. Loin de vouloir opposer son capitaine au reste du groupe, Jesus insiste au contraire sur la nécessité de considérer l’équipe dans son ensemble.
Le message est limpide : Ronaldo reste une pièce majeure, mais il ne constitue pas à lui seul le projet portugais. Et la victoire obtenue à Oslo a précisément donné du poids à cette approche. Sans son capitaine sur le terrain, le Portugal a battu la Norvège 2-1 grâce à João Félix et Gonçalo Ramos, confirmant la profondeur offensive dont dispose désormais Jesus.
Gonçalo Ramos devrait encore débuter au Danemark
Cette rencontre contre le Danemark pourrait d’ailleurs apporter un nouvel élément de réponse. Jesus a annoncé qu’il procéderait à plusieurs changements, comme il l’a fait depuis le début de cette Ligue des Nations afin de gérer l’enchaînement des rencontres. Mais il a surtout laissé entendre que Gonçalo Ramos devrait une nouvelle fois être titularisé.
Une décision qui serait particulièrement symbolique après la prestation du Parisien en Norvège. Entré dans le onze à la place de Ronaldo, Ramos a inscrit le but de la victoire et s’est retrouvé au cœur d’un succès qui a conforté les choix de son sélectionneur. Jesus dispose donc désormais d’un argument sportif supplémentaire pour maintenir sa ligne directrice : le Portugal peut gagner sans Ronaldo et, surtout, plusieurs joueurs sont capables d’assumer des responsabilités importantes.
Le Portugal doit désormais parler football
C’est finalement le principal enjeu du déplacement à Copenhague. Le Portugal a parfaitement lancé sa Ligue des Nations, mais l’affaire Ronaldo menace momentanément de faire passer le sportif au second plan. Après les succès contre le pays de Galles et la Norvège, la Seleção doit désormais confirmer face au Danemark, dans un contexte forcément plus chargé médiatiquement.
Jorge Jesus, lui, a choisi de ne pas reculer. Il a reconnu son erreur dans la gestion de l’échauffement de Ronaldo, tout en maintenant le fond de sa décision et en rappelant que les choix sportifs lui appartiennent. Une position qui résume parfaitement le nouveau fonctionnement qu’il cherche à instaurer depuis son arrivée.
Ronaldo reste évidemment l’un des visages les plus importants de l’histoire du football portugais. Mais à 41 ans, dans une sélection qui prépare déjà la suite, son rôle est appelé à évoluer. La véritable réussite de Jorge Jesus sera désormais de réussir cette transition sans fragiliser son vestiaire ni perdre l’un de ses joueurs les plus emblématiques. À Copenhague, le Portugal aura donc autant à défendre sa première place qu’à montrer que l’épisode Ronaldo n’a pas perturbé la dynamique d’un groupe qui avait jusque-là parfaitement lancé son nouveau cycle.
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