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Tous les signaux sont au rouge pour le Cap Vert

Il y a trois mois, le Cap-Vert était encore l’une des histoires les plus fascinantes du football mondial. Pour sa première Coupe du Monde, la sélection insulaire avait quitté la phase de groupes invaincue avant de s’offrir un huitième de finale historique face à l’Argentine.

Et pas question pour les Requins bleus de se contenter du rôle de figurants : menés à deux reprises, ils avaient chaque fois trouvé les ressources pour revenir avant de finalement céder en prolongation, battus 3-2 par les champions du monde. Une élimination cruelle, mais une campagne qui avait changé le regard porté sur cette équipe.

Quelques semaines ont suffi pour faire basculer le décor. Le Cap-Vert vient de perdre son deuxième match consécutif dans les éliminatoires de la CAN 2027, et cette fois devant son propre public. Après le revers concédé au Mali (3-1), les Requins bleus ont été renversés par le Rwanda (1-2) mardi à Praia. Pourtant, Gilson Benchimol avait ouvert le score à la 39e minute, laissant entrevoir une réaction après le faux départ de Bamako. Mais l’égalisation rwandaise avant la pause, puis le but d’Elie Tatou Iradukunda au retour des vestiaires ont complètement inversé la rencontre.

Le retour à la réalité est brutal

Ce qui frappe n’est donc pas seulement le résultat. C’est le contraste. Le Cap-Vert avait quitté le Mondial avec l’image d’une équipe capable de tenir tête aux meilleurs ; il aborde désormais la suite des qualifications avec zéro point après deux journées. Dans le groupe K, le Rwanda et le Mali ont pris le large avec six unités chacun, tandis que les Requins bleus et le Liberia restent encore sans le moindre point.

La défaite contre le Rwanda prend une dimension particulière parce qu’elle intervient à Praia, dans le premier match à domicile du Cap-Vert depuis son aventure mondiale. Le contexte devait justement permettre aux hommes d’Humberto Bettencourt de relancer leur campagne et de transformer l’enthousiasme suscité par le Mondial en dynamique durable. Au lieu de cela, ils ont laissé filer une rencontre qu’ils avaient pourtant commencée en prenant les devants.

Le changement sur le banc ajoute une autre dimension à cette situation. Après l’ère Bubista, qui avait conduit cette sélection jusqu’à la plus grande aventure de son histoire, Humberto Bettencourt dirige désormais les Requins bleus. Son mandat commence donc dans un contexte particulièrement exigeant : il ne s’agit pas seulement de reconstruire une équipe, mais de maintenir le niveau d’ambition créé par une Coupe du Monde qui avait considérablement élevé les attentes autour de la sélection.

De l’exploit mondial à la course contre la montre

Le problème est désormais très concret. Dans cette campagne de qualification, le Cap-Vert n’a pas simplement perdu deux matches : il a laissé six points s’échapper alors que ses deux principaux concurrents, le Mali et le Rwanda, ont réalisé un sans-faute. La prochaine rencontre ne sera donc plus seulement l’occasion de tourner la page d’un mauvais départ. Elle devra servir à réduire un retard qui commence déjà à peser lourd.

Et c’est précisément là que le calendrier peut devenir impitoyable. Les Requins bleus ont encore suffisamment de matches pour inverser la tendance, mais ils ne peuvent plus se permettre de multiplier les rendez-vous manqués. Après avoir découvert, cet été, qu’ils pouvaient rivaliser avec une sélection du calibre de l’Argentine, ils doivent maintenant prouver qu’ils savent gérer l’après-exploit, lorsque l’adversaire n’a plus peur du statut acquis quelques mois auparavant.

Car c’est peut-être le véritable défi qui attend cette génération : transformer un exploit historique en héritage durable plutôt qu’en parenthèse enchantée. La Coupe du Monde a donné au Cap-Vert une visibilité et une crédibilité nouvelles. Les éliminatoires de la CAN 2027 lui imposent désormais de les défendre sur le terrain.

Pour l’instant, le contraste est saisissant. Les Requins bleus étaient devenus l’une des sensations du Mondial en poussant l’Argentine jusqu’à la 111e minute. Aujourd’hui, ils ferment la marche de leur groupe sans le moindre point. La qualification pour la CAN 2027 est encore accessible, mais le Cap-Vert n’a déjà plus le droit de vivre dans les souvenirs de son été historique : il lui faut désormais retrouver des résultats, et vite.

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